Chantal Tardif est devenue proche aidante à l’âge de 42 ans. À l’époque, sa vie était bien remplie entre
son travail de secrétaire médicale, son conjoint ingénieur, et leur fille débutant le secondaire en sport-
études. Tout semblait normal jusqu’à ce que le diagnostic de son conjoint tombe : un myélome multiple,
un cancer incurable.
Les journées de Chantal sont devenues un équilibre précaire entre le travail, les rendez-vous médicaux
de son conjoint et les activités de sa fille. Elle décrit cette période comme “rock’n’roll”. Actuellement,
malgré une rémission partielle, le cancer reste présent, demandant une attention constante de sa part,
non seulement sur le plan physique mais aussi mental.
Les répercussions dans sa vie ont été significatives. La vision de la vie a changé, les amis se sont révélés,
les vrais sont restés. Chantal a dû arrêter de travailler, la famille a fait face à des difficultés financières,
et la santé mentale a été mise à l’épreuve après cinq ans de parcours hospitalier intense.
En tant que proche aidante, le rôle de Chantal est vaste et exigeant. Elle a dû apprendre de nouveaux
métiers, prendre en charge la maison, intérieure et extérieure, et être la source de soutien constant
pour son conjoint. Face à un manque de ressources pour les proches aidants, Chantal a créé son propre
organisme, axé sur le soutien psychosocial et la défense des droits des proches aidants en versus les
ainés.
Lorsqu’on évoque la Société canadienne du cancer, Chantal souligne l’importance des services pour
soulager le fardeau du système de santé. Ces services offrent une ressource aux proches aidants pour
obtenir du soutien psychosocial, administratif et des réponses à leurs questions.
Le côté gratifiant de son rôle de proche aidante pour Chantal réside dans le fait de faire changer les
choses. Elle a pris des initiatives pour faire avancer le dossier médical de son conjoint, cherchant des
réponses là où d’autres disaient que c’était “trop compliqué”.
“Découvrir qu’il est possible d’apporter des changements, de s’engager activement même lorsque cela
semble difficile, de se renseigner et de s’intégrer dans le processus de traitement afin d’anticiper les prochaines étapes. C’est l’observation émerveillée que même face à l’adversité, l’action et l’information
peuvent être des catalyseurs de transformation.”
La conciliation entre la prise en charge de son conjoint et ses autres obligations a été compliquée,
nécessitant un groupe de soutien pour aider d’autres proches aidants dans la même situation.
L’organisme créé par Chantal vise à sensibiliser sur le rôle du proche aidant en oncologie. Elle souligne
que cette catégorie de proches aidants ne se reconnaît souvent pas, perdant ainsi des services auxquels
ils ont droit.
Chantal insiste sur l’importance de raconter les histoires des proches aidants pour briser l’isolement,
partager des expériences et offrir de l’espoir. Elle souhaite déconstruire l’image préétablie de la société
sur les proches aidants en oncologie.
“Malheureusement, le cancer et les proches aidants demeurent encore des sujets tabous, enfermant les
gens dans le silence. Cependant, échanger avec des personnes ayant vécu des expériences similaires, ou
même lire des récits qui résonnent avec son propre vécu, offre une précieuse bouffée d’air. Ces partages créent une lueur d’espoir, un sentiment de compréhension et d’unité, permettant de briser les barrières
du silence qui entourent ces réalités difficiles.”
En conclusion, Chantal Tardif, avec son parcours marqué par les défis du cancer, devient une voix
puissante pour la sensibilisation, le soutien et la reconnaissance des proches aidants en oncologie.